Mont Béro : Guinée Forestière, N'Zérékoré célèbre trois ans de conservation au service d'une forêt retrouvée
- Guinée Ecologie

- il y a 5 jours
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Après trois ans de mise en œuvre, autorités administratives, agents forestiers, représentants communautaires et partenaires techniques étaient tous réunis au cours l'atelier de restitution du projet « Assurer un avenir durable à la Forêt Classée du Mont Béro ». Ce projet porté par Guinée Écologie en partenariat avec le Centre Forestier de N'Zérékoré (CFZ) et financé par la Fondation L'Occitane, a rassemblé 93 participants pour un bilan collectif de ces trois années d'engagement. Les travaux ont été officiellement ouvert par le Gouverneur de la ville de N’Nzérékoré qui, a d’ailleurs salué les résultats obtenus et appelé à une mobilisation accrue pour en assurer la durabilité.
Un patrimoine naturel enfin documenté !
La forêt classée du Mont Béro couvre 26 850 hectares à cheval sur trois préfectures, bordée par 25 villages riverains. Soumise à des pressions anthropiques croissantes déforestation, braconnage, feux de brousse, troupeaux de zébus, elle n'avait jamais fait l'objet d'un inventaire systématique de sa biodiversité. Le projet a comblé ce vide. Quatre missions pluriannuelles conduites entre 2024 et 2026 sur six sites ont permis de recenser plus de 115 espèces animales sur l'ensemble des groupes taxonomiques.
Les inventaires mammalogiques, ont confirmé 24 espèces de mammifères appartenant à 14 familles, dont quatre espèces menacées selon l'UICN. Parmi elles, le chimpanzé occidental (Pan troglodytes verus, En Danger Critique), dont nids et indices ont été documentés sur l'ensemble des missions, et l'hippopotame pygmée (Choeropsis liberiensis, En Danger), dont les empreintes ont été confirmées à Kpinita, l'une des dernières populations viables d'Afrique de l'Ouest. Le buffle d'Afrique (Syncerus caffer, En Danger) et le mangabey (Cercocebus, Vulnérable) complètent ce tableau remarquable.
Les inventaires ornithologiques ont quant à eux, recensé jusqu'à 97 espèces d'oiseaux appartenant à 38 familles, dont le Picathartes gymnocephalus et Melaenornis annamarulae, deux espèces Vulnérables endémiques du bloc forestier de Haute-Guinée. L'herpétologie a documenté 61 espèces de reptiles et amphibiens, dont le crocodile africain élancé (Mecistops cataphractus, En Danger Critique) et le crocodile nain (Osteolaemus tetraspis, Vulnérable), dont les terriers ont été confirmés dans la rivière Lawôyah à Mananko. Entre août 2025 et janvier 2026, un réseau de 13 caméras pièges déployées sur 6 sites a complété ces inventaires en détectant 15 espèces supplémentaires dont le pangolin commun (Phataginus tricuspis, En Danger), l'une des espèces les plus trafiquées au monde, et le cercopithèque de Diane (En Danger).

Des patrouilles qui font reculer les délits !
Deux campagnes de patrouilles systématiques ont été conduites selon le protocole SMART avec 21 éco-gardes formés. En 2025, cinq équipes ont parcouru 476,95 km sur 40 jours, couvrant 72,64 % du massif. En 2026, cinq équipes ont couvert 431,67 km sur 35 jours, portant la couverture à 78,30 %. Les données collectées révèlent les menaces avec précision : en 2025, 193 pièges de braconnage et 59 étuis de cartouches ont été saisis, et 11 foyers de feux de brousse documentés ; en 2026, 166 pièges, 61 étuis et 17 foyers de feux. Mais la conclusion la plus significative des agents du CFZ est celle-ci : « une réduction notable des activités illégales sciages, défrichements, coupes de bois a été constatée » entre les deux campagnes. La présence régulière et documentée des équipes produit un effet dissuasif mesurable sur le terrain.
Des communautés qui changent de pratiques pour une forêt durable du mont Béro…
Pour offrir aux populations des alternatives économiques à l'exploitation de la forêt, deux visites d'échange ont été organisées à Sérédou et à la Réserve de Biosphère de Ziama, qui ont réuni 82 participants issus de 15 villages riverains. Sur la base d'études de filières conduites dans le cadre du projet, la banane et l'aubergine ont été retenues comme cultures porteuses, avec la promotion de pratiques agroécologiques et de solutions de cuisson propre pour réduire la pression sur les ressources ligneuses. « Ces visites ont ouvert nos yeux sur des façons de produire plus durables », témoignait l'un des participants au retour de Sérédou.
Dans le cadre de la restauration, 100 hectares reboisés, avec plus de 40 000 plants d'espèces forestières mis en terre avec un taux de survie de 79,27 % dépassant l'objectif initial de 70 % pour 5 178 bénéficiaires directs qui ont été touchés. Ces résultats présentés lors de l'atelier confirment l'atteinte des objectifs dans la mise en œuvre du projet. Ces travaux ont directement mobilisé 1 644 personnes « La participation de notre communauté dans le reboisement et l'entretien a surtout aidé les jeunes et les femmes pendant les périodes difficiles », témoignait le Président de District de Kabiéta.

Un projet qui continue pour renforcer les acquis…
Au vu des résultats obtenus pendant ces trois ans d’exécution, les 93 participants ont formulé huit recommandations prioritaires : poursuivre les patrouilles SMART et les inventaires, développer des activités génératrices de revenus, renforcer la lutte contre les feux de brousse, engager le déguerpissement des éleveurs illégaux et formaliser le partenariat tripartite pour la gouvernance à long terme du massif. Signal fort : la Darwin Initiative du Royaume-Uni a sécurisé 600 000£ sur 2024-2027 via BirdLife International pour une phase de continuité. Le Mont Béro n'est plus seulement une forêt classée sur une carte. Il est devenu, grâce à ce projet, la preuve qu'une conservation fondée sur la science et portée par les communautés peut inverser le cours de la dégradation.
Aliou DIALLO



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